09/05/2015

L’invitation au voyage de Martial Bidard



Jardin suspendu 5, huile sur toile


Martial Bidard est un artiste-peintre français qui réalise des peintures à l’huile, à l’aquarelle ou à l’encre, présentées lors de plus de cent cinquante expositions personnelles en France et à l'étranger. Il débute sa carrière à 16 ans par des œuvres figuratives inspirées de ses nombreux voyages, aussi bien en Amérique du nord que du sud, dans la Baltique, en Russie, ou encore en Asie et en Afrique. Ses premières œuvres témoignent de sa grande maîtrise technique et de son sens inné de la composition. Les sujets en sont variés, pourtant, en les comparant, on décèle rapidement des similarités esthétiques, notamment dans son travail de la lumière, qui confèrent à son travail une grande cohérence et permettent aisément d’identifier sa touche. Progressivement, l’artiste s’est éloigné du mode d’expression figuratif pour réaliser  des œuvres plus suggestives, qui laissent la part belle à l’imagination et au domaine sensible. Martial Bidard a exploré de nombreux supports et techniques : « J’emploie différents médiums en adaptant leurs propriétés au sujet choisi. Les toiles auront une respiration différente si elles sont traitées à l’aquarelle ou à l’huile. Par exemple, je réalise toujours les rues des villes et les monuments à l’encre de chine, tandis que pour les thèmes plus abstraits sur lesquels je travaille actuellement, où la légèreté est primordiale, où la liberté du trait crée l’espace vibratoire, où le dit transparaît dans l’abstraction, je choisis l’huile, dont l’élasticité et l’onctuosité apportent une dimension supplémentaire à l’œuvre en devenir. Je ne réalise pas de mélanges techniques car chacune possède sa propre beauté intrinsèque : la transparence de l’aquarelle, la luminosité de l’huile, le côté essentiel de l’encre. Peu importe le médium tant que l’œuvre crée une émotion, c’est tout ce qui importe. A mes yeux, il est essentiel de maîtriser toutes les techniques picturales afin de pouvoir s’en dégager et apporter sa propre empreinte à la création. C’est dans cette optique que je cherche toujours de nouveaux supports d’expression : j’ai réalisé des fresques murales à Cayenne et à Kourou, mais aussi des réalisations éphémères devant le public à Nîmes (sortie des arènes) ou au Chambon Fougerolles, des tableaux en direct, des réalisations à la craie sur le sol en Suède, en Norvège, à Lyon et Paris. Des oeuvres qui ne durent que quelques jours, voire quelques heures, pour que l’art vive ». 



 Les capteurs de lumière, aquarelle



Le Veilleur, aquarelle



L'évasion, aquarelle


Très actif, Martial Bidard a également été membre de l’Institut Européen de l’Aquarelle à Bruxelles dans les années 80 et co-initiateur du collectif du 1er Août à Nîmes dans les années 90.
Ses peintures, qu’elles soient figuratives ou abstraites, sont vivantes, animées d’un mouvement qui incite tour à tour le spectateur à un voyage exotique ou intérieur. Son travail est un appel à la liberté des formes et à l’ouverture des frontières aussi bien physiques que mentales. Cette liberté s’exprime aussi dans la grande palette de techniques et de styles auxquels fait appel Martial Bidard. Ses peintures figuratives oscillent entre réalisme et surréalisme, un métissage stylistique qu’il qualifie lui-même de « figuration onirique ». L’expression insiste sur l’importance qu’il accorde à l’imaginaire dans son travail : « Je n’utilise pas de photos. Il m’arrive de faire un croquis rapide sur un carnet pour fixer mon futur tableau dans mon esprit. Mais je n’y reviens pas lors de l’exécution du tableau pour ne pas emprisonner la création en devenir dans une préméditation dont le seul intérêt était d’orienter vers une direction et non pas de définir une destination ».


Les convoyeurs, aquarelle



Jardins suspendus1, huile sur toile



Jardins suspendus7, huile sur toile


 Les travaux actuels de Martial Bidard pausent les fondations d’un projet de grande ampleur intitulé le « Cycle des respirations », qui explore à travers cinq séries de toiles les manières de transcrire visuellement un cycle respiratoire par des moyens abstraits. L’artiste emploie un procédé narratif qui décrit les différents états par lesquels passent les souffles composant le cycle respiratoire : « Le projet est né d’un long processus d’évolution personnelle, j’y travaille depuis 2008. Il s’agit d’illustrer une respiration,  qui commence dans un souffle chaotique pour finalement s’achever dans une méditation lumineuse. A mes yeux il s’agit du voyage du dicible vers l’indicible, du matériel vers le spirituel. Ce cycle comporte cinq séries, nommées Souffles : les Paysages Elémentaires, les Portes, les Jardins suspendus, l’Inerte et enfin la Lumière. Chaque souffle est constitué d’une quarantaine de tableaux qui explorent un thème symbolique précis. Les " Paysages  élémentaires " véhiculent  les codes symboliques associés aux quatre éléments : la terre, le feu, l'eau et l'air. Le motif de la porte, quant à lui, symbolise le passage entre le réel et l'irréel, entre le dit et le non-dit, le concret et l’immatériel. Dans les toiles qui composent cette série, exposées au Palais du Luxembourg il y a quelques années, il y a toujours un espace de lumière dans lequel on peut s'engouffrer pour passer d'un état à un autre. Enfin, la série des jardins suspendus, qui devait originellement s’intituler Vivant, dégage d’avantage de sérénité. Néanmoins, le cycle n’est pas achevé et je n’en suis qu’au troisième souffle. »



Paysage élémentaire20, huile sur toile



Paysage élémentaire16, huile sur toile
 


Porte10, huile sur toile


Les toiles abstraites qui composent les trois premiers souffles, évoquent des flous photographiques résultant d’un mouvement vif. Que ce soit par l’usage de la couleur ou l’emploi d’aplats blancs, qui distraient l’œil, ou bien par l’effet de fondu qui floute les formes, comme lors d’un mouvement ou d’un sentiment d’ivresse, chaque toile distord la vision. On notera que ces procédés font écho aux premiers travaux de l’artiste, qui présentent des techniques similaires dans les fonds des peintures figuratives, aérées  de surfaces blanches, qui évoquent un rayon lumineux capté par un miroir ou reflété par une surface lisse. Ces procédés optiques, caractéristiques, offrent une luminosité irréelle et presque aveuglante à ses toiles: « Il y a en effet une filiation très sensible entre mes anciens travaux et l’abstraction figurative que je pratique aujourd’hui. Ce qui est primordiale pour moi c’est l’effet de lumière qui fera vivre le tableau. Il faut que le spectateur puisse se laisser envahir par la puissance de cette vibration afin que son imaginaire se libère».



 Porte4, huile sur toile



Porte8, huile sur toile 



 Paysage élémentaire10, huile sur toile


Il est un fait, les toiles de Martial Bidard invitent à la rêverie et à la méditation. Les formes y prennent un certain temps à se révéler, une fois l’œil accoutumé à la lumière jaillissante, et demandent un moment d’attention afin d’en saisir le sens. La force du travail réside dans sa capacité à suggérer au lieu de montrer, laissant ainsi le soin au spectateur d’employer son imaginaire à redessiner l’œuvre en comblant les silences volontaires de l’artiste. Je recommande vivement au lecteur de se rendre sur le site officiel de Martial Bidard, où il pourra découvrir des échantillons de son travail depuis les années 70 :


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