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15/04/2015

Les cocons de Cynthia Dormeyer



Un nid proche de l'éclosion



Sur des fonds abstraits aux couleurs douces et chaudes se détachent des motifs semi-figuratifs évoquant tour à tour des cocons de vers à soie, suspendus dans leurs fils au-dessus du cosmos, des villes prises dans d’immenses toiles d’araignées, des planètes ou des œufs soutenus par un enchevêtrement de fils blanc rappelant un nid. Une impression sécurisante se dégage des toiles de Cynthia Dormeyer, qui explore les imaginaires associés à la notion d’espace, intérieur comme extérieur, minuscule comme gigantesque. De la chrysalide, qui évoque l’échelle miniature des insectes, aux planètes, qui ouvrent à la dimension infinie de l’univers, en passant par la ville, qui constitue l’échelle humaine, la jeune artiste synthétise différentes topographies en un espace réconfortant et particulièrement attrayant. Ayant suivi une formation en art appliqué ainsi qu’en infographie, Cynthia Dormeyer mêle les techniques entres elles afin de parvenir à un résultat dépaysant, qui invite l’esprit à s’évader dans un univers visuel onirique: « Je travaille généralement avec des techniques mixtes sur toile: peinture acrylique, bombe acrylique, feutres Posca ou Molotow, collages. Lorsque je commence une peinture, soit j'ai réalisé préalablement un croquis, soit j'ai une idée des couleurs et de la composition en tête et je me lance directement. Je n'aime pas passer trop de temps sur un tableau, c'est pour cette raison que j'utilise l'acrylique, qui sèche rapidement. Je travaille souvent sur plusieurs projets en même temps afin d’alterner mon travail. Je cherche à transcrire l'émotion de manière spontanée. En moyenne mon travail s’étale sur quelques jours pour les peintures acryliques, quelques heures pour les peintures numériques.  Mais certaines de mes oeuvres, comme les peintures mixtes, où j’emploie des techniques aussi bien picturales que numériques, peuvent mettre des mois avant d'être achevées. Par exemple, pour réaliser "Cocon entoilé", j’ai eu besoin de temps avant de trouver l’équilibre juste dans la composition. Il m'arrive de m'appuyer sur des photos, qui me servent de référence, mais la plupart du temps le résultat final ne ressemble pas du tout à la photo, car j’accorde une grande importance à l’accidentel. On m'a plusieurs fois demandé comment je travaillais et, comme je maîtrise mieux le langage des images, j'ai créé un blog qui présente le processus de mes créations et que j’illustre grâce à des démonstrations vidéos, des making of,  des tutoriels, et des conseils pour les artistes. Voici par exemple trois vidéos, qui présentent ma façon de travailler » :







Cynthia Dormeyer assemble des modes d’expressions abstraits et figuratifs de manière eurythmique. Ses compositions, agencées de manière complexe, paraissent organisées en systèmes, où chaque élément figuratif, flottant au milieu d’un espace abstrait insaisissable, est englobé dans une structure plus large, se divisant en arborescence : « J’accorde beaucoup d’importance au mode d’expression usant de moyens abstrait: cela m’offre une grande liberté et me permet d’exprimer un panel d'émotions qui me viennent successivement au cours de la réalisation. Je souhaite avant tout apporter des sensations de chaleur, de la douceur, inviter le spectateur à un voyage intérieur, à oublier le quotidien pendant quelques instants. De plus l’abstrait permet de créer une connexion sensible avec le spectateur, à qui je donne tout de même des pistes interprétatives en intégrant des éléments plus "figuratifs" à mon travail ».


  
Urban city



La maison mère
 



 Nid-éclosion

L’œuvre de Cynthia Dormeyer fait penser à un jeu autour de l’interprétation littérale de l’expression « être dans sa bulle ». La majeure partie de ses toiles sont composées d’un arrière-plan épuré et coloré, parfois tonifié par quelques tâches de dripping, qui déploie un espace ouvert, traité de manière lointaine, parfois un peu floue, combiné à un premier plan fait d'espaces clos, plus détaillés, et qui semblent plus proches, à la manière d’un focus photographique. Ce procédé de distanciation des plans accentue l'impression d’opposition entre cet intérieur et l'extérieur. Le motif du premier plan, enserré dans un réseau de fils, forme un lieu fermé, autonome, qui évoque l’intériorité. Qu’il s’agisse du cocon, de l’œuf, de la bulle et même de la ville ou de la planète, chacun de ses motifs évoquent des imaginaires sécurisants, du fait qu'ils sont presque systématiquement englobés dans un réseau plus large, indépendant de l’arrière-plan, de fils blanc, qui composent un plan intermédiaire faisant jonction entre ces mondes intérieurs et extérieurs. Cette « toile » est à la fois une structure pour la composition, une relation entre les motifs, ainsi qu'une sorte de piège emprisonnant les cocons, qui donne une impression figée voir hiératique aux compositions. L’artiste explore ainsi les possibilités imaginaires associées à ces entrelacs blanc, qui relient des motifs d’une grande cohérence sémiotique : « Tout est parti d'un coup de cœur pour une structure architecturale en forme de cocon suspendue dans les arbres, créée par le groupe Pacific  Environments Architects. Je me suis appropriée la forme de cette structure et au fil du temps et du travail, elle a évolué. J’ai intégré de nouvelles techniques, élargi ma palette de couleurs, exploré de nouveaux imaginaires associés au motif du cocon. Par exemple celui de la sphère, peu présente dans mes premières œuvres, a pris de plus en plus d’importance. Le motif du cocon représente pour moi une bulle de protection, un monde dans lequel chacun vit et développe son imaginaire. A travers ce thème, je représente mon intériorité, que le spectateur est libre de s'approprier à sa façon. Cependant, vivre dans son monde est une chose, mais il faut savoir être curieux et s'intéresser à ce qui se passe à l'extérieur de cette bulle, c’est pourquoi j’ai pris le parti de réaliser des fonds mystérieux, au sein duquel l’œil se perd».



Bulles pétillantes



Cocon épisode 1




Cocon-série 2



Cocon- série 1

Cynthia Dormeyer a débuté sa carrière il y a peu de temps, mais l’importance de sa production, l’originalité de son univers visuel et sa grande énergie lui ont permis de s’intégrer rapidement au monde de l’art : « J’échange régulièrement avec d'autres artistes, notamment sur le web. Ils me prodiguent des conseils et me communiquent leur savoir. Aujourd'hui mes projets se sont développés, j’ai entrepris des partenariats artistiques, un soutien que j'apprécie beaucoup et qui me permet d'avancer plus rapidement. Environ un an après la fin de mes études, mes travaux ont été publiés dans le magazine "Book of creation" d'Advanced Creation. J’ai alors commencé à exposer et cela m'a encouragé à me lancer. J’ai eu la chance de voir mes efforts récompensés en me voyant offrir l'honneur de présenter mon travail au cours d’un reportage sur France 3. J'expose également de manière permanente plusieurs de mes peintures à l'agence Design Atout Carreaux à Reims. Je considère ces marques de reconnaissance pour mon travail comme des victoires personnelles qui me poussent à continuer. Notamment, j'expose du 1er au 28 avril 2015 au centre culturel Les Tourelles à Vouziers. Une exposition personnelle intitulée" Univers" en combinaison avec une installation de jeux de lumière ». Je prédis à Cynthia Dormeyer une belle carrière artistique et j’invite le lecteur à se rendre sur la page web consacrée à sa peinture et sur les différents réseaux sociaux où elle expose afin de suivre son actualité et l’évolution de son travail. (liens en bas de page)



Étude du cocon



Nid d'ailleurs



Cocon-épisode 2



Naissances


Twitter : @cynthiadormeyer 
Instagram : @cynthiadormeyer
 

29/03/2015

L’abstrait effervescent de VéGé




Griffure, 20 x 50 cm
 
Véronique Girardin, mieux connue sous son pseudonyme VéGé, est une artiste peintre originaire de Genève qui réalise des peintures abstraites ou suggestives particulièrement dynamiques et attrayantes. Elle emploie principalement de la peinture acrylique de couleur vive, souvent primaire, qu’elle projette, étire, travaille en mouvements amples et énergiques, aussi bien sur petit format que sur grand. Les compositions foisonnantes qui émanent de ces mélanges techniques ont un effet fascinant. A une multitude d’éléments provenant de la nature, depuis le végétal jusqu'à l’échelle galactique, s'ajoute une exploration des propriétés de la peinture, de sa matière, des projections, des gouttes ainsi que des motifs abstraits comme la ligne. L’œil se perd dans ces enchevêtrements de formes, happé dans le rythme effréné de cette profusion de couleurs. Il vaque d’un élément à l’autre, sans savoir où se poser et discerne des formes sous-jacentes sans véritablement réussir à les définir. Tout n’est que mouvement dans les toiles de VéGé, qui semble jouer avec les sens du spectateur, presque étourdi par tant d’effervescence L’artiste s’inspire de ses émotions et les retranscrit en un joyeux chaos, dont se dégage une impression de fraicheur et de spontanéité. Afin d’en apprendre d’avantage sur son travail, j’ai posé quelques questions à Véronique Girardin :



Blessure, 24 x 32 cm

Pourriez-vous brièvement décrire votre parcours artistique?

Je suis une artiste autodidacte. Ma mère, qui pratique l'aquarelle, m'a donnée envie de m'essayer à la peinture. J'ai organisé ma première exposition individuelle en 2013 dans une galerie genevoise et, la même année, j’ai installé mon atelier dans une pièce de ma maison, ce qui m'a permis de me lancer plus sérieusement dans la création. Depuis cette année, je me consacre entièrement à la peinture. A mes yeux, il est très important de pouvoir partager mes œuvres, que ce soit sur des réseaux sociaux ou en exposition, car la peinture est avant tout un moyen d'expression. J'ai ainsi participé à deux salons internationaux d'art contemporain en 2014 : le salon Art3f à Layon et le salon Montreux Art Gallery à Montreux en Suisse. Je suis également en lice pour le concours Picker 2015-1016.



 Trahison, 40 x 50 cm

Pourriez-vous détailler vos techniques et médiums principaux?

J'utilise principalement de la peinture acrylique, ainsi que des aérosols, de l’encre de chine et de la peinture 3D. Je peins sur châssis entoilés, cartons entoilés et sur papier, à l’aide de pinceaux, rouleaux, couteaux, éponges, mais aussi de chaînettes ou de brosses à dent.
Afin de créer des effets de texture, j’emploi des médiums divers  tel que le stuc, le sable, de l’épaississant, du gel filant, que je mélange avant de les appliquer sur la toile. J’ajoute aussi des traits de peinture en relief et des gouttes de dripping pour attirer l'œil du spectateur sur certaines parties du tableau. C'est une manière de rendre les tableaux moins "plats", de leur donner du relief, de créer différents niveaux.



 Constellation, 20 x 50 cm




Quelle importance revêt à vos yeux la pratique artistique ?

Je me suis lancée un peu "par hasard", sur un coup de tête, pendant un week-end et le résultat m'a beaucoup plus, si bien que je n'ai plus jamais arrêté! C'est pour moi une manière de m'exprimer, de me détendre et de faire le vide. Je fais sortir mes émotions et mes impressions lorsque je peins une toile. Le processus créatif qui se produit de l’image mentale à la réalisation de la toile me paraît très stimulant. De plus, l’impression que me procure la toile achevée est très satisfaisante: j'ai l'impression à la fois de m'être vidée et ressourcée, d'avoir déposé une partie de mes pensées sur le tableau. 

 
 Éruption créatrice, 100 x 80 cm

 
A vos yeux que peut dire l’abstrait que ne peux pas dire le figuratif ?

Le style figuratif demande beaucoup de technique et de patience, je pense que c'est une démarche assez différente. Personnellement je prends plus de plaisir à peindre des tableaux abstraits car je peux m'y exprimer. Il n'y a pas de limite, c'est une découverte tout au long de la création. L'abstrait est pour moi un moyen de communiquer avec le spectateur, de le faire réfléchir. Un tableau abstrait peut faire naître des émotions totalement différentes selon la personne qui la regarde: chacun peut y voir ce qu'il désire. A mes yeux, ce sont les projections de ces différentes visions sur la toile qui font vivre l'œuvre et lui donnent son intérêt: c'est ce qui rend ce type d'art fascinant. Le plus souvent, je reçois des remarques sur l’impression de mouvement et d'énergie qui se dégage de mes tableaux. J'essaie en effet de transmettre mon enthousiasme, de provoquer la joie chez le spectateur. J'ai envie que les gens sortent de mes expositions gonflés à bloc et les yeux éblouis de couleurs et d'énergie.




Dessert moléculaire, 30 x 40 cm


J’ai remarqué que vous employez de manière récurrente certains motifs végétaux ou stellaires, mais aussi des motifs abstraits tels que les lignes foisonnantes de peinture ou les tâches de dripping, quelle importance possèdent-il à vos yeux ? Comment choisissez-vous les thèmes que vous traitez?

Je n'ai pas toujours de thèmes définis lorsque je commence un tableau, mais la nature est une de mes principales sources d'inspiration. J’ai toujours été fascinée par sa puissance incroyable, sa force qui fait vivre la terre, les hommes, les animaux. Je suis d’ailleurs en train de préparer une série plus figurative sur l'espace, l'univers, les constellations. Cette source d'inspiration me vient de mon père qui est un passionné d'astronomie, et nous sommes en train de préparer une exposition en commun de ses photos astronomiques et de mes tableaux.
Mon vécu a également un effet sur mes tableaux. Si j'ai besoin d'extérioriser des émotions, je me lance dans un grand format, où je peux spontanément évacuer mes pensées. Au contraire, si j'ai besoin de tranquillité, je vais faire quelque chose de plus précis, comme mes tableaux phénix par exemple, qui nécessitent de la concentration. J'ai récemment réalisé des tableaux en employant le dripping et des mélanges de traits de peintures: j'avais besoin de me libérer l'esprit et d'évacuer des tensions. Pour moi, ces motifs cristallisent l'énergie que j'y mets. C'est à travers ces techniques spontanées que les émotions que je veux transmettre se dégagent.




 NGC 2818, 70 x 30 cm

 
Quelle méthode suivez-vous lorsque vous créez ?

J'imagine d’abord brièvement les couleurs principales : je choisis le plus souvent deux couleurs opposées pour le fond et les couches supérieures. Ce procédé permet de créer des contrastes puissants qui offrent de l'énergie, du mouvement et de la vie au tableau. J'aime aussi ajouter des touches de noir et de blanc pour faire ressortir l'ensemble de la structure et illuminer l'oeuvre. A mes yeux, le contraste des couleurs a une grande importance, il apporte du mouvement et de la lumière, donne une structure à la composition, du volume et de l'énergie. Une fois le fond réalisé, j'ajoute les éléments selon la composition que je me suis figurée et la géométrie du tableau prend forme. Au fil du travail, j'adapte la technique jusqu'à parvenir à un résultat qui me plaise et qui représente l'émotion que j'ai envie de transmettre. Il me faut quelques jours pour achever un tableau, c’est pourquoi je démarre souvent plusieurs toiles en même temps pour pouvoir alterner les temps de création et les temps de séchage. En général, je ne retouche pas mes oeuvres. A un certain moment, il me parait évident que le tableau est terminé, et c'est à cet instant que je décide de son titre. J'y attache beaucoup d'importance: le titre complète l'œuvre et lui suggère un sens.


La vie continue, 30 x 40 cm
 

J’ai pu remarquer des disparités de style et une certaine évolution dans le travail présenté sur votre page. Pourriez-vous m’en dire plus sur votre évolution stylistique ? 

Sur ma page, vous pouvez voir tous mes tableaux depuis mes débuts. Étant autodidacte, j'ai exploré de nombreuses dynamiques avant de me lancer dans un style défini. Néanmoins, on perçoit également une certaine cohérence, notamment dans l’utilisation des couleurs vives qui me sont chères depuis le début de ma carrière. Mon travail actuel m’est venu spontanément, dès que j'ai abordé des toiles de tailles plus conséquentes. J'ai alors forgé les fondations de mon style actuel, en réalisant des compositions de grands traits jaillissants. Dernièrement, j’ai commencé à expérimenter le dripping et ai réalisé quelques grands formats par superpositions de projections de peinture. Cependant, je suis encore en train d'explorer de nouvelles techniques et je pense que mon style est amené à suivre une perpétuelle évolution. L’être est muable et je pense qu’il n’est rien de plus naturel que de voir son intériorité se transformer.


 She Hulk autoportrait, 40 x 30 cm


De quel artistes, courant ou thème vous inspirez-vous principalement ?

Récemment, je m'inspire de Jackson Pollock en employant sa technique de dripping. Cependant je n’ai pas véritablement d'autres sources d’inspiration provenant de courant spécifique. Mon style est personnel et j'ai envie qu'il soit le plus original possible. 




 A guichet fermé, 50 x 60 cm

Avez-vous été soutenue par des artistes, des associations, des collectifs ou autres dans votre démarche artistique?

Je fais partie de deux collectifs d'artistes : une petite association locale de ma commune d'origine, Onex, ainsi que le collectif d'artistes caz.ch, qui regroupe des artistes très talentueux et expérimentés, avec lesquels j'ai la chance de pouvoir exposer et qui sont de très bons conseils. 

Phénix vert, 40 x 30 cm


Avez-vous des projets passés ou futurs que vous souhaitez mentionner dans cet article ?

En plus de ma deuxième exposition individuelle qui a lieu en ce moment à Versoix (Genève) jusqu'au 13 avril et qui regroupe une cinquantaine de mes toiles, je prépare pour le mois de mai le salon international SMART à Aix-en-Provence. En juin, j'exposerai en commun avec un autre artiste sur le thème de l'univers. Mon projet ensuite sera de monter une exposition commune de photos astronomiques et de peintures de nébuleuses. J'aimerais également collaborer avec des vignerons pour leur proposer mes créations sur des étiquettes de vin.


 Tatoo, 30 x 30 cm


A la manière des peintres dits du courant « action painting », Véronique Girardin traduit son intériorité par des gestes qu’on devine derrière les trajectoires de la peinture. Ce style comporte une grande part d’accidentel car la structure du tableau résulte à la fois de l'intuition esthétique de l'artiste et des divers comportements de la peinture. De cette association eurythmique de maitrise technique et du caractère fortuit des propriétés de la peinture se dégage un esthétisme saisissant, qui révèle un univers visuel unique et particulièrement séduisant. J’invite vivement le lecteur à suivre l’évolution du travail de VéGé sur le site dédié à ses peintures où se trouvent les annonces de ses futures expositions et son actualité artistique: